Sophie Planté (NPA) : « Pour une société sans oppression »

Sophie Planté est candidate pour le Nouveau Parti Anticapitaliste (NPA) dans la 3ème circonscription d’Ille-et-Vilaine. À 20 ans, c’est l’une des plus jeunes candidate en France. Nous l’avons rencontrée pour parler de sa vision de la société, du traitement médiatique des petits partis et de sa circonscription.

Quelle vision de la société défendez-vous ?

Le NPA défend une société où chaque personne pourrait trouver sa place. Une société anticapitaliste, débarrassée des investisseurs, des grands patrons, de tout ce qui nous opprime en général. Une société sans oppression liée au travail, au genre, à la race ou à la culture. Cela se traduit dans le programme par des mesures pour les salarié.e.s, comme le SMIC à 1 700 €, l’interdiction du licenciement et la collectivisation des biens. On souhaite aussi une diminution du temps de travail : 32 heures par semaines et 30 heures pour les travaux pénibles. Car on ne peut pas faire baisser le chômage en travaillant plus.

Nous avons particulièrement axé notre programme sur la question des migrants. Nous souhaitons l’ouverture les frontières, des papiers et un logement pour toutes et tous.

Pour ce qui est des oppressions de genre, nous militons pour une égalité des salaires entre hommes et femmes, et une répartition des tâches ménagères. L’éducation des enfants doit également se faire plus en commun.

Nous avons aussi des revendications liées à l’IVG, car de nombreux centres ont fermé. Il y a un droit à l’avortement, mais dans les faits il reste très difficile d’accès dans les délais, c’est-à-dire 12 semaines. Les plannings familiaux ferment de plus en plus car ils n’ont plus de subventions. Nous sommes pour rallonger le délai pour avorter à 22 semaines, comme c’est déjà le cas dans un certain nombre de pays en Europe. Il faut supprimer la clause de conscience qui autorise les médecins à ne pas pratiquer d’avortement.

Les personnes transgenres doivent pouvoir changer leur prénom et leur sexe sur leurs papiers, gratuitement et sans autre compromis. Il leur était parfois demandé de se faire opérer de manière à ne plus pouvoir avoir d’enfants, par exemple. Nous défendons aussi leur droit à se procurer des hormones et à se faire opérer.

Nous revendiquons le droit à la procréation médicalement assistée (PMA) et l’autorisation d’adopter pour toutes et tous, sans forcément avoir un contrat de mariage. Il faut aussi que les mutilations à la naissance sur les enfants intersexes cessent.

Nous souhaitons une société écologique, débarrassée du nucléaire et les énergies fossiles. Avec une mise en valeur des énergies renouvelables. Certains projets sont inutiles, coûteux et néfastes pour la biodiversité, comme l’aéroport à Notre-Dame-des-Landes. Nous sommes pour la fermeture de l’EPR de Flamanville. Il est dangereux, car fabriqué dans des conditions douteuses. Nous sommes opposés à l’exploitation de la nature par des grands groupes qui cherchent uniquement le profit. Nous cherchons une agriculture biologique et abordable. L’État subventionne majoritairement les gros agriculteurs. Les petites exploitations bio ne touchent quasiment rien. Les énergies renouvelables doivent être accessibles à tous, il faut un service public de l’énergie.

Au niveau de la répression, nous sommes pour le désarmement de la police. L’armement nucléaire doit également disparaître.

Avec Philippe Poutou, sur le marché de Villejean
Sophie Planté fait campagne sur le marché de Villejean avec son suppléant, Pierre Chapa, et Philippe Poutou.

À 20 ans, vous êtes l’une des plus jeunes candidates présentée à ces élections. Comment en êtes-vous arrivée là ?

Je milite pour le NPA depuis 3 ans, mais je militais déjà pour des mouvements antifascistes. Je me suis aussi engagée contre la réforme des retraites, il y a 6 ans. Je suis politisée depuis longtemps : j’ai été impliquée dans le mouvement contre la loi Travail, je fais partie de la Commission nationale d’intervention féministe et du mouvement Lesbien, gay, bisexuel, transgenre et intersexe (LGBTI).

Le NPA 35 voulait présenter une candidate dans une circonscription. Ils cherchaient un profil plus jeune, féminin et issu de la classe ouvrière. J’étais la seule à correspondre. Pour moi, c’est une super expérience. Le parti cherchait vraiment un renouvellement.

Il n’y a qu’une quarantaine de candidats NPA dans toute la France. Pourquoi présenter aussi peu de candidats quand un parti comme Lutte ouvrière (LO) en présente dans toutes les circonscriptions ?

Il n’y a que quarante candidats dans toute la France pour la simple et bonne raison que nous n’avons pas les moyens d’en présenter plus. C’est ingérable au niveau des caisses locales et nationales. Il y a 5 ans, nous avons présenté plus de 450 candidats. Nous n’avons pas atteint 1% sur cinquante circonscriptions, ce qui est nécessaire pour prétendre aux aides publiques. Nous nous sommes concentré sur les circonscriptions sur lesquelles nous sommes déjà actifs et sur des endroits symboliques.

Pourquoi avoir ciblé la 3ème circonscription d’Ille-et-Vilaine ? Quels sont ses enjeux ?

Nous devions mobiliser nos forces sur une circonscription en Ille-et-Vilaine. Nous avons deux comités forts dans le département : Saint-Malo et Rennes. L’avantage de la 3ème circonscription est qu’elle va presque jusqu’à Saint-Malo et qu’elle comprend aussi le quartier de Villejean, sur Rennes. C’est un quartier sur lequel nous sommes actifs, c’est un quartier populaire, mais c’est aussi celui dans lequel j’habite, ce qui est un avantage considérable. La 3ème circonscription est très vaste. Le Parti Socialiste (PS) n’y est pas représenté, puisque François André se présente sous l’étiquette majorité présidentielle. Il a complètement effacé son étiquette socialiste. La candidate du Front National (FN), Justine Dieulafait, est très implantée dans le nord de la circonscription. Il y a un risque que le FN s’implante plus. Cela représente un danger, car un grand nombre de migrants sont hébergés par des associations dans cette circonscription.

Le vote FN a pris un nouveau tournant avec les élections présidentielles. Que dîtes-vous aux gens qui choisissent ce vote lorsque vous les croisez ?

En général, on essaye de discuter avec eux. Ce sont souvent des gens de notre classe sociale, donc nous avons des choses à leur dire dans la mesure où l’on vit les mêmes galères qu’eux au quotidien. Malgré ce qu’il revendique, le FN est majoritairement un parti bourgeois, de grands héritiers et héritières, comme la candidate de la 3ème circonscription et comme Marine Le Pen. A partir de là, ils ne peuvent pas nous représenter. En discutant avec les électeurs du FN, on arrive généralement aux mêmes conclusions : le parti du gouvernement ne nous représente en rien, mais le FN ne nous représente encore moins. Nous essayons de défendre l’idée que ce n’est pas de la faute des immigrés si nous avons des problèmes. C’est la faute d’un gouvernement et d’une société capitaliste qui fait du profit sur notre dos. Aucun réel projet à visée sociale n’est mis en place. Parfois, il nous arrive de faire changer d’avis les électeurs du FN après discussion. Des fois ça se finit bien, ça vaut la peine de discuter, car nous partageons les mêmes réalités. On essaye juste de déconstruire les idées fausses qui sont véhiculées.

Comment menez-vous campagne pour le NPA ?

Nous avons commencé avec beaucoup de collage d’affiches. Ensuite, nous nous sommes lancés dans la campagne en distribuant des tracts sur les marchés, à la sortie du métro et des écoles publiques. Ce sont des endroits où il y a beaucoup de monde. On peut croiser les gens, discuter avec eux lorsqu’ils ne sont pas trop pressés. On a très peu été en relation avec les médias. L’un de nos porte-paroles nationaux, Philippe Poutou est venu nous aider à faire campagne et discuter avec les gens du nord de la circonscription. On fait aussi des réunions publiques. Mardi soir, on a fait une intervention de rue, devant la mairie de quartier. Nous l’avons faite dehors car nous pensons que c’est dans les rues que tout se passe. Mais ce n’est pas l’unique raison. A la base, nous voulions une salle, mais la mairie a refusé.

Sur le marché de Villejean, Sophie Planté et Philippe Poutou ont rencontré le candidat de la majorité présidentielle, François André.
Sur le marché de Villejean, Sophie Planté et Philippe Poutou ont rencontré le candidat de la majorité présidentielle, François André.

Que pensez-vous du traitement médiatique qui vous est accordé, à vous ainsi qu’aux autres partis considérés comme petits ?

Le traitement médiatique est catastrophique. La République en marche (LREM) se plaignait d’avoir très peu de temps à la télévision, nous en avons encore moins. La venue de Philippe Poutou nous a donné un peu d’espoir. France 3 Bretagne est venu couvrir l’événement, mais finalement, nous n’avons pas été interrogés sur du contenu politique. Ils sont venus pour faire quelques images. Le problème, c’est qu’il n’y a pas de vrai traitement politique. Nous attendons de pouvoir exprimer nos idées. On a rencontré Ouest-France à plusieurs reprises, il n’y a pas eu non plus de véritable traitement de fond. Les articles étaient sur nous en tant qu’individus, alors que nous essayons de parler de notre programme. Les articles sont très courts, on ne laisse pas le temps et la place d’exprimer nos idées. Aucun autre média ne vient nous voir.

Les récentes élections qui ont vu naître une insatisfaction généralisée, une abstention et un grand nombre de votes blancs montrent les limites du système électoral français. Comment lutter contre l’abstention ?

Nous ne nous revendiquons pas comme des gens qui luttons contre l’abstention, car elle est symptomatique d’un système qui dégoûte de plus en plus les gens qui en ont marre de se faire avoir par des politiciens qui trahissent leurs promesses et qui gèrent l’économie du pays de telle manière que les classes populaires sont défavorisées. On ne peut pas les blâmer, nous en avons-nous même marre. On ne peut qu’inciter ces gens à voter NPA dans les circonscriptions où nous sommes présents, et à voter LO sur celles dans lesquelles nous ne sommes représentés. On préfère voir les gens dans la rue, lutter pour leurs droits, pour une société qui leur ressemble, plutôt que les voir dans les urnes. Nous sommes présents à la fois dans la rue et dans les urnes pour nous donner une visibilité. On milite au quotidien avec des gens qui ne votent pas, cela ne les empêche pas de faire de la vraie politique. On peut faire faire de la politique en dehors des urnes.

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